jeudi 19 février 2015

Les histoires de Donna Tartt

L'année dernière, Donna Tartt a gagné le prix Pulitzer de la fiction pour son troisième roman intitulé Le Chardonneret, roman qui a connu également un grand succès dans les librairies. Malgré cette reconnaissance, l'écriture de D. Tartt n'est pas unanimement appréciée par les critiques (voir par exemple http://www.vanityfair.com/culture/2014/07/goldfinch-donna-tartt-literary-criticism). Les critiques se demandent en effet si l'écriture de D. Tartt relève de l'art ou non. Je me garderai bien de trancher et d'ailleurs j'y trouve un tout autre intérêt. Cela dit, je précise que je n'ai pas encore  lu son dernier roman, mais je viens de lire avec grand plaisir The Secret History, sa toute première oeuvre, publiée en 1992. 


Pour ceux qui ne le connaissent pas, voici le pitch du roman dont le titre français, Le maître des illusions, occulte peut-être une référence à  l'Histoire secrète de Procope : un jeune homme fraîchement arrivé de sa Californie natale dans un prestigieux college de la Nouvelle Angleterre et séduit autant par un excentrique professeur de grec ancien que par ses élèves mystérieux, nous raconte l'histoire d'un meurtre. Jusque-là, rien d'extraordinaire, je suis d'accord. La réception de ce roman a, pourtant, de quoi surprendre, car ce fut un tel succès, que bon nombre de jeunes Américains ont décidé d'étudier les lettres classiques suite à sa lecture. Ce fut un véritable phénomène, un roman culte de toute une génération. 
Ce qui est particulièrement intéressant pour les adeptes de la littérature classique, c'est justement l'importance de la culture gréco-latine dans l'incroyable succès de ce roman. A un moment où la place de cette même culture dans le monde occidental rétrécit de plus en plus, interrogeons nous sur le pouvoir de séduction que la culture classique avait pu exercer dans les années 90 à travers cette oeuvre.
Tout d'abord, il y a une atmosphère tout à fait particulière, atmosphère ressentie par tous ceux qui ont eu l'occasion de côtoyer les antiquisants, atmosphère d'un tout petit groupe à la fois élitiste et marginal, où les conversations sont menées en latin ou même en grec, où l'on parle de Platon et des Bacchantes, où les préoccupations principales tournent autour des devoirs du thème grec. Ensuite l'intrigue elle-même repose sur un thème grec par excellence, l'extase dionysiaque. En effet, toute cette "histoire secrète" représente une transposition des Bacchantes dans le monde contemporain. Enfin, le récit est émaillé de remarques portant sur la langue grecque et sur les concepts de la culture ancienne qui ne coïncident pas avec les nôtres. L'attrait de l'Antiquité, telle qu'elle apparaît dans Le maître des illusions, repose donc principalement sur l'étrangeté, sur l'exotisme de la culture gréco-romaine et non pas sur sa parenté avec nos mondes contemporains. 



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